Face au réchauffement climatique, les plantations de café sont de plus en plus fragilisées. L’arabica, star incontestée des baristas, souffre de la chaleur et des maladies, tandis que le robusta, plus résistant, demande beaucoup d’eau. Mais une espèce oubliée, le Coffea stenophylla, pourrait bien changer la donne.
Une variété disparue puis redécouverte
Décrit pour la première fois en 1834 en Sierra Leone, le stenophylla était cultivé en Afrique de l’Ouest jusqu’au début du XXᵉ siècle. Il a été abandonné au profit du robusta, plus productif, puis quasiment oublié. Seuls quelques arbres subsistaient à l’état sauvage dans les forêts de Guinée, de Côte d’Ivoire et de Sierra Leone, menacés par la déforestation.
Ce n’est qu’en 2018 que des chercheurs l’ont retrouvé, après des années de recherche. Deux ans plus tard, les premiers grains récoltés ont pu être dégustés : la surprise fut immense. Là où l’on s’attendait à un goût rustique, les experts ont découvert une tasse rappelant les meilleurs arabicas, avec des notes fruitées et florales.
Un café qui rivalise avec l’arabica
Lors d’une dégustation à Londres puis en France, la stenophylla a séduit des panels de spécialistes. Les juges ont décrit un profil aromatique complexe, mêlant pêche, cassis, mandarine, jasmin, chocolat et caramel. La plupart ont estimé que son goût était aussi raffiné que celui de l’arabica, certains le trouvant même unique.
Ce résultat est remarquable car le stenophylla n’est pas apparenté de près à l’arabica. Originaire de zones chaudes et humides de basse altitude, il prouve qu’un café de qualité supérieure peut pousser dans des conditions bien plus difficiles.
Une arme face au changement climatique
Alors que l’arabica prospère surtout à plus de 1 500 mètres d’altitude dans des climats frais, la stenophylla tolère une température moyenne de 24,9 °C, soit jusqu’à 7 °C de plus que l’arabica, et résiste mieux à la sécheresse. Il se révèle également moins vulnérable à la rouille du caféier, un champignon dévastateur pour les plantations.
Même si son rendement est inférieur à celui des variétés dominantes, il reste commercialement viable. À terme, le stenophylla pourrait donc offrir aux producteurs un café de haute qualité dans des régions où l’arabica ne survivrait pas.
Une nouvelle piste pour les caféiers du futur
Au-delà de sa culture directe, le stenophylla pourrait être utilisé pour créer des hybrides avec l’arabica ou le robusta. Objectif : combiner la résistance climatique de cette espèce oubliée avec la productivité des variétés actuelles, tout en préservant la richesse aromatique attendue par les consommateurs.
Dans un monde où les terres propices au café se réduisent, le Coffea stenophylla apparaît comme une lueur d’espoir. Redécouvert presque par hasard, il pourrait bien assurer la survie d’une boisson dont dépendent des millions de producteurs et de consommateurs à travers le globe.












